Faut-il apprendre à nous contenter de peu ?
2 juillet 2018

L’insatisfaction est le sentiment qui peut résulter de l’inadéquation entre ses désirs et la réalité concrète et présente. Soit parce qu’on n’a pas exactement ce qu’on veut, soit parce qu’on n’arrive pas à se contenter de ce qu’on a. Ce n’est pas l’émotion la plus insupportable, mais elle peut nous mettre le doute, créer de l’angoisse ou l’agacement, vis-à-vis de soi comme de l’autre. Quand on dit à quelqu’un “Décidément, tu es un-e éternel-le insatisfait-e !”, c’est rarement pour lui faire un compliment… La solution serait-elle alors d’apprendre à se contenter de peu ? À ne jamais avoir d’attentes pour ne jamais être déçu-e ?

A un moment, c’est ce que j’ai cru. Je voulais me délivrer de ce sentiment qui finissait toujours par refaire surface. Même quand j’avais « tout pour être heureuse », même quand j’avais obtenu ce que je voulais. Je me suis demandé si le problème ne venait pas de moi, de mes exigences démesurées ou d’une inaptitude au bonheur que j’aurais, telle une tare congénitale #EmmaBovaryStyle. Pendant des années, ça a nourri mon anxiété chronique. J’étais à l’affût de tout signe annonciateur d’un échec ou d’une déception à venir, à tel point que je ne me laissais même plus aller à la joie ou à la satisfaction d’être allée au bout d’un projet, d’avoir fait du bon travail ou juste de kiffer les trucs cool du quotidien.

Evidemment, aujourd’hui je peux dire que le vrai « problème » (pour autant qu’on puisse parler de problème…), c’était de partir du principe que dans la vie, seules les émotions positives avaient droit de cité et qu’il fallait se débarrasser de tout ce qui n’était pas joie, enthousiasme, et bonne humeur. Mais ça, il m’a fallu quelques années (et quelques expériences) pour le comprendre…

Aujourd’hui, ça se passe un peu différemment. C’est toujours aussi déstabilisant, je ne vous le cache pas, mais l’accueil que je fais à l’insatisfaction est tout autre. J’essaie de ne pas la juger, de ne pas tisser d’histoire autour et de juste la vivre. Du coup, elle n’est plus un déclencheur d’anxiété, je commence même à y voir plein d’effets positifs.

Pourquoi serait-ce une mauvaise chose d’être insatisfait-e après tout ? C’est  aussi naturel que la sensation de la faim : même après le meilleur repas du monde, elle finit par revenir… Et encore heureux ! S’il nous suffisait d’une seule expérience pour nous combler à vie, ce serait quand même bien dommage, non ? « Hmm, génial cet orgasme ! je crois que ça va me suffire pour le restant de mes jours ! ». Qu’y aurait-il dans nos musées et dans nos bibliothèques si les artistes s’étaient « satisfaits » du premier jet de leurs oeuvres ? Encore heureux qu’on ne se satisfait pas du status quo, qu’on soit révolté-e-s par l’injustice, sinon on vivrait sans doute encore dans des grottes, vêtus de peaux de bêtes, à appliquer la Loi du Talion !

Ça ne veut pas dire que nous ne connaîtrons jamais la satisfaction. Ça, je crois qu’on peut la trouver, mais elle ne dure pas. Et c’est ok. Nous grandissons en permanence. Ce qui nous convenait il y a encore une semaine est désormais « trop petit » pour nous permettre de nous épanouir. Voilà pourquoi on peut avoir le sentiment que ce qui nous contentait parfaitement hier ne suffit plus à faire notre bonheur aujourd’hui. Moi qui aime beaucoup les plantes d’intérieur, il ne me viendrait pas à l’esprit d’engueuler ma Monstera parce que ses racines ont tellement poussé qu’il lui faut un nouveau pot «Azy fais pas ta précieuse ! pourquoi tu ne te contentes pas du petit pot dans lequel je t’ai ramenée du fleuriste ? »

A titre personnel, quand l’insatisfaction montre le bout de son nez, je ne me dis plus « eh merde, qu’est-ce que j’ai encore fait ou mal fait ? », mais plutôt « ah tiens, il est temps de ressortir de ma zone de confort ! » L’insatisfaction est devenue mon coach perso, en quelque sorte. Elle m’indique par où je suis en train de grandir, qu’il est temps de faire de la place pour ce qui vient. Il est temps d’attaquer ce projet qui me fait peur et envie à la fois. Il est temps de commencer une nouvelle série photo, en testant une technique que je ne maîtrise pas encore. Il est temps de ne plus se contenter de la facilité, mais d’essayer de creuser le sujet (ahah petite private joke de moi à moi-même quant à la rédaction de cet article qui avait une toute autre gueule il y a deux semaines – heureusement que je ne me suis pas satisfaite de cette première version 😉 ).

Un truc sur lequel j’ai envie de finir, c’est qu’il est absolument possible d’être insatisfait-e et comblé-e en même temps. C’est paradoxal mais pas contradictoire. Je peux être reconnaissant-e de tout ce que j’ai déjà, tout en souhaitant d’autres choses merveilleuses. Je peux trouver mon flow dans n’importe quelle situation, sans perdre de vue la vie que j’ai envie de créer. Être heureux-se dans le moment présent et enthousiaste à l’idée de ce qui vient. En cas de doute, la gratitude est toujours un bon point de départ.

Et la cerise sur le gâteau : d’expérience, plus on apprend à se « satisfaire » dans le présent, à trouver sa joie ici et maintenant (ce qui n’est pas la même chose que de brider ses appétits en se contentant du minimum), y compris et surtout dans les situations inconfortables, plus vite les choses les choses s’améliorent. Alors osez exprimer vos rêves les plus fous, comme dirait Oscar Wilde : « Il faut toujours viser la lune, car même en cas d’échec, on atterrit dans les étoiles ».

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