Arrêter d’attendre l’inspiration

2 décembre 2018

J’adore écrire des articles pour ce blog. Le simple fait d’écrire me met en joie, et ce plaisir est décuplé quand vous me dites qu’un de mes articles vous a touché. Vraiment ! Il y a tellement d’activités et de distractions disponibles (sans parler du travail et des responsabilités de chacun) que les quelques minutes que vous prenez pour me lire m’honorent. Pourtant, je publie assez peu, ce qui peut sembler paradoxal avec ce que je dis juste au-dessus. Je culpabilise parfois de ne pas être aussi régulière que je le souhaiterais (même si au fond je sais bien que ça ne change pas grand chose pour vous que je publie une fois par semaine ou une fois par mois). Le fait est que je me suis fait la promesse tacite d’écrire uniquement quand je suis inspirée et quand je me sens bien. Cela va à l’encontre de tout ce que j’ai toujours lu et entendu sur la créativité. Les véritables professionnels de la création n’écrivent pas sous le coup de leurs émotions, dit-on, c’est même ce qui distingue l’amateur du professionnel. Ils sont disciplinés et ils ne s’autoriseraient jamais à sauter une séance de travail juste parce qu’ils ne le « sentent pas ». J’admire cette constance mais force est de constater que cette approche n’a jamais fonctionné pour moi. Je ne pense pas être la seule d’ailleurs, voilà pourquoi j’écris pour vanter les vertus de la procrastination.

Pour moi, la procrastination se manifeste surtout quand j’ai le sentiment de devoir faire quelque chose. Peu importe si l’activité est censée me faire plaisir ou me faire du bien, il n’y a rien de pire pour tuer l’envie que de me dire que je dois écrire / aller courir / appeler quelqu’un / me mettre au boulot. Est-il possible de surmonter cet état et de parvenir à un résultat ? Bien entendu ! Il est toujours possible de dompter la matière, à coup d’efforts, de patience et de résignation. C’est lent, c’est pénible, c’est un accouchement dans la douleur, mais on peut y arriver.

Le problème, c’est que je n’ai pas envie d’utiliser mon énergie pour me battre contre moi-même. Si mon émotion dominante est celle de la pénibilité, si j’ai l’impression que ce que je m’apprête à faire va prendre des heures et me demander beaucoup d’efforts, je peux être sûre que ce sera effectivement le cas. Ce que j’écris « dans la souffrance » n’est jamais très bon et surtout, c’est le meilleur moyen de tuer sa passion (cf. Faut-il faire de sa passion un travail).

L’envie de procrastiner est pour moi le signal infaillible que je ne suis pas alignée avec ce que je souhaite faire, du coup, je ne force pas/plus. Alignement ou flow, c’est un état tellement bon qu’une fois qu’on y a goûté, on ne peut pas se contenter d’un ersatz. C’est quand les choses sont si fluides et faciles que le seul effort à fournir est celui de taper sur le clavier aussi rapidement que possible. C’est quand je suis pleinement dans le moment présent, sans penser au résultat final, sans la tentation de revenir sans cesse en arrière pour corriger ce que je viens à peine d’écrire. C’est quand je me sens divinement inspirée. C’est une joie de chaque instant : dans la préparation, dans l’exécution et dans la publication. Bref, c’est délicieux !

Quand on est dans le flow, on n’a pas besoin de discipline ou de volonté. Je pense même que le secret de la productivité, c’est le plaisir qu’on prend à faire les choses. Tout professionnel a d’abord été un amateur, dans le sens étymologique du terme, quelqu’un qui aime / apprécie. De l’extérieur, on peut croire que c’est la discipline qui drive ces personnes alors qu’en fait, c’est le plaisir. La véritable discipline, c’est de privilégier son alignement à tout instant, quoiqu’il en coûte à notre Ego.

« Tout cela est très bien en théorie, mais moi j’ai un travail, j’ai des deadlines, j’ai des gens qui comptent sur moi, je ne peux pas me permettre de mettre de côté un projet juste parce que je ne le sens pas sur le moment, je n’ai pas ce luxe, désolé·e. Et de toute façon, si je cède à la procrastination, je ne vais rien faire de bien intéressant et je vais surtout culpabiliser, alors à quoi bon ? » Comme je connais bien cette rengaine ! Notre mental est très attaché à la pénibilité, et il est si prompt à passer d’un extrême à l’autre. Comme si la procrastination était un appel à tout arrêter et à claquer sa dém’. « Mais ce n’est pas ce que tu es en train de dire justement ? Que si on ne prend pas de plaisir à faire quelque chose, autant arrêter ? »  Pas du tout. C’est là qu’il convient de faire une précision importante.

Le plaisir ou la difficulté qu’on éprouve ne sont pas liés à l’activité mais à l’état où on se trouve à un moment donné. Tout ne peut être tout le temps pénible ou tout le temps agréable. Parfois, faire le ménage peut être plaisant (ça fait bouger et ça vide la tête !), et il arrive que faire l’amour soit désagréable. Quand c’est le cas, on n’insiste pas, mais on ne renonce au sexe pour toujours non plus.

J’ai appris à faire confiance à la procrastination, à ne pas y voir un signe de faiblesse mais comme l’expression d’une certaine sagesse, une invitation à laisser entrer plus d’aisance dans ma vie. Ça peut être de commencer ma journée de travail par quelque chose de simple et rapide, qui va me donner un petit kick de satisfaction. C’est de décomposer une tâche difficile en étapes plus simples. C’est de ne pas culpabiliser quand j’ai envie de tout sauf d’écrire. Certaines périodes de latence sont incompressibles. Quand c’est trop dur, c’est que je m’y prends mal, ou trop tôt. Quand un article ne sort pas, c’est souvent parce que je n’ai pas vraiment clarifié mon intention ou suffisamment approfondi mon sujet.

L’inspiration ne vient pas toute seule et elle ne vient pas quand on la siffle non plus : elle se présente quand elle se sent invitée. J’ai envie de l’accueillir comme j’ai envie de vivre les choses en général : dans la joie, dans l’aisance et dans le plaisir. Je n’attends pas d’être inspirée pour écrire avec joie. C’est quand j’écris avec joie que je me sens soudain inspirée. Mon seul « travail » est de créer un cadre dans lequel il sera agréable de travailler. Pour cet article, il s’agit d’un café que j’aime beaucoup, sur mon nouvel ordinateur qui rend l’écriture particulièrement plaisante. Dans ces conditions, le simple fait de m’accorder ce moment est une récompense, je ne m’attends pas à obtenir un résultat particulier. C’est là que l’article sort d’une traite, que les idées se précipitent et que je m’éclate tellement qu’il me tarde déjà de m’y remettre !

J’espère que cet article vous aura un peu aidé à vous réconcilier avec votre tendance à la procrastination, et de ne pas la voir comme l’ennemie à abattre, mais au contraire, comme une alliée de votre créativité 🙂 

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