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Faut-il faire de sa passion un métier ?
24 septembre 2018

Confucius, qui n’était pas le dernier des imbéciles, aurait dit : « Choisis un métier que tu aimes et tu n’auras pas à travailler un seul jour de ta vie ». Je m’incline devant cette phrase pleine de sagesse, même si j’émets quelques doutes sur son origine. Ce n’est pas comme si aux temps de la Chine impériale le quidam moyen avait un vaste panel d’options qui s’offrait à lui, careerwise. Mais admettons. C’est sûr que quitte à turbiner, autant essayer de kiffer au passage, la logique me semble ici imparable… Mais quand il s’agit de prendre une orientation professionnelle, je ne suis pas plus avancée. Je m’exprime au présent parce que même si je suis satisfaite du métier que je fais (un métier-passion à la base), celui-ci n’a eu de cesse de prendre des formes différentes et continue d’évoluer au moment où je vous écris. Hier : « photographe », aujourd’hui : « créatrice de contenus et consultante », qu’en sera-t-il demain ? Autour de moi, nombreux sont ceux qui s’interrogent sur leur avenir professionnel. Qu’on envisage un changement de carrière ou qu’on s’inquiète de l’évolution de son métier, une chose revient systématiquement dans les aspirations de mes semblables : une quête de sens et un besoin d’authenticité. Faire un boulot, oui, mais pas n’importe lequel. Y en a marre des Bullshit jobs (ici ou ici) ! Confucius est plus d’actualité que jamais, mais transformer sa passion en métier suffira-t-il à réenchanter notre rapport au travail ?

Faire ce qu’on aime, et après ?

On kiffe quand même beaucoup plus la vie quand on fait ce qu’on aime – moi qui bosse en free-lance depuis 2011, je ne vais pas prétendre le contraire. On se sent davantage maître·sse de sa vie, on est plus motivé·e au quotidien, on accepte plus facilement les contraintes. Même les tâches ingrates nous semblent fun. D’ailleurs, si vous vous apercevez que dans une activité, c’est seulement le « produit fini » qui vous attire, alors que toutes les étapes préliminaires et intermédiaires vous semblent pénibles et fastidieuses, je ne vous conseillerais pas d’en faire votre métier car vous risquez de déchanter assez vite. Le résultat visible et tangible ne constitue bien souvent que 10% du travail réel, effectué en souterrain. Sur une semaine de travail, je passe peut-être un jour, un jour et demi à shooter / tourner, le reste du temps, je suis soit en préparation (pré-prod), soit en retouche / montage (post-prod), soit en prospection soit à l’ouest (ahah). Il vaut mieux aimer cette diversité.

A condition bien sûr que votre passion soit jobable (néologisme affreux – pardon – calqué sur l’adjectif bankable)… Tant que quelqu’un ne sera pas disposé à vous proposer de l’argent en échange de vos services, votre passion ne sera qu’un hobby. Pour cela, il vous faut apporter une solution à un problème, un bénéfice à une situation, créer de la valeur ajoutée. Cela vous place dans une posture de service et vous contraint à penser aux besoins du client avant votre petit kif perso (ou du moins, il faut que les deux soient alignés). La méthodologie de l’ikigai – ou « joie de vivre et raison d’être » en japonais vous propose justement d’identifier le sweet spot entre :
– ce que vous aimez faire
– ce que vous savez bien faire
– ce dont le monde a besoin
– ce pour quoi vous pourriez être payé.

Quand la passion s’étiole…

Maintenant, il y a certaines choses qui ne changeront pas, même si vous faites ce que vous aimez. Choisir un métier passion ne vous met pas à l’abri du « labeur » ou des crises de sens. Vous n’échapperez pas aux phases d’ennui, de stress intense, de prises de tête avec les clients ou les prestataires, de découragement, d’à-quoi-bonisme… Résistez à la tentation de croire qu’« à partir du moment où je ferai ce que j’aime vraiment, je ne me poserai plus de questions, j’aurai juste à faire le truc et c’est bon ». Oh que non. Vous passerez des nuits sans dormir, non pas à gâcher votre bel avenir (je n’espère pas du moins), mais à vous demander si vous avez fait le bon choix, si ce choix vous convient toujours, ou s’il est l’heure d’en faire un nouveau. Sauf que, dans les moments de stress, vous n’aurez plus votre « passion » pour vous servir d’échappatoire… hashtag ironie.

Eh oui, vous ne ferez plus les choses de la même manière ni avec la même énergie quand ce sera votre « travail ». Admettons que vous aimez cuisiner, et que demain vous prenez place en tant que chef ou même commis dans un restaurant, à raison d’une dizaine d’heures par jour. Il y a des chances qu’une fois rentré·e à la maison, vous n’ayez plus trop le feu sacré pour sortir votre tablier et vous lancer dans une longue préparation juste « pour le délire » de tester des espumas de pomme de terre. Sans oublier la pression financière qui vient peser dans le game, vous stresser en fin de mois, et vous faire faire le yoyo entre projets « de coeur » mais mal-payés et les projets plus rémunérateurs mais un peu moins excitants. Voilà pourquoi certains préfèrent garder un job « alimentaire » pour nourrir leur passion plutôt que l’inverse.

Je ne suis absolument pas en train d’essayer de vous déprimer ou de vous décourager. Au contraire ! je suis la première à dire Yolo ! Faites ce qui vous plaît et le reste OSEF. Simplement, si vous envisagez de faire un virage à 180° dans votre vie (pro ou perso d’ailleurs) parce que vous avez l’impression que l’herbe est plus verte à côté, je dis prudence… Pour citer Neil Gaiman : « Wherever you go, you take yourself with you. » Alors, avant de faire tout péter, faites un petit bilan …

Faire ce qu’on aime ou aimer ce qu’on fait ?

Le « problème » des passions, c’est qu’elles fluctuent au gré des saisons : faut-il que je me lance dans une formation pour devenir naturopathe parce que je suis accro aux recettes sans gluten et aux mocktails ? Faire ce qu’on aime est un bon début, mais je ne suis pas sûre que ça résolve le problème du « sens » dans la vie professionnelle. Au mieux, on repart pour un cycle. Mon job me gonfle —> je change pour faire un truc qui me plaît —> ma passion devient un job à temps plein —> mon job me gonfle. Vous me direz, ça peut être le genre de soucis qu’on peut souhaiter avoir #firstworldproblems

Comment sortir de l’éternel retour de la frustration (le samsara professionel) ? J’avoue que je n’ai pas de réponse toute faite. Mais de plus en plus, je réalise que faire ce qu’on aime n’est pas aussi important qu’aimer ce qu’on fait. En faisant d’ « aimer » un verbe d’action. Aimer comme « chercher des choses à apprécier, ce qui m’enrichit ou ce que j’apprends dans n’importe quelle situation ». Aimer comme « créer et apporter la passion qui semble cruellement manquer, plutôt que d’attendre de les trouver en dehors de moi».

Il ne s’agit pas de se convaincre de rester dans une situation intenable, simplement de se souvenir qu’on n’est pas obligé·e·s de souffrir le martyre pour partir. On peut kiffer son job et malgré tout décider qu’il est temps de passer à autre chose. N’est-ce pas d’ailleurs le best case scénario ? Partir joyeusement parce qu’un autre projet nous appelle comme une évidence, plutôt que de fuir une situation devenue intenable ? Et quand il est humainement impossible de kiffer le moindre aspect de son job et qu’on ronge son frein en attendant de pouvoir trouver mieux, il est encore possible d’apprécier la liberté que nous avons aujourd’hui, liberté assez récente à l’égard de l’histoire du Travail, de pouvoir changer de boulot et de vie, de se réinventer au gré de nos envies de faire des folies comme, par exemple, de tout plaquer pour faire de sa passion un métier…

Bienvenue

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Kasia