Se faire de nouveaux amis
20 novembre 2019

L’autre jour, j’étais chez des amis, en banlieue, et la discussion portait sur la difficulté de se faire de nouveaux amis quand on a plus de 30 ans, un job à plein temps et des enfants en bas âge. Ce n’est pas l’envie qui manque, la preuve, ce couple avait invité leurs voisins puis un autre couple à dîner pour approfondir le lien mais la sauce n’avait pas pris. D’où ce constat, un peu défait, que, passé un certain âge, il est de plus en plus dur de tomber sur des gens avec qui on a des atomes crochus. Nous trouvons d’ailleurs plein d’arguments rationnels pour prouver que c’est vrai, mais est-ce vraiment le cas ? Ou avons-nous tout simplement « oublié » comment nous faire des amis ?

Une question de priorités

Quand on est enfant et que notre cercle social se limite aux voisins et aux cousins, toute nouvelle encontre est une ouverture excitante sur le monde. Ado, la camaraderie est un rempart contre le mal-être qu’on vit à cette période de grands changements hormonaux et émotionnels. On se sent plus forts à deux, trois, plusieurs et on recherche activement ces relations.

Une fois adulte, nous avons des systèmes de soutien rôdés : le couple, la famille, la bande de potes attitrée, les collègues de bureau. Le besoin d’aller vers l’autre est moins grand. Sauf si, justement, quelque chose vient perturber cet équilibre (déménagement, séparation, brouille, etc.). Soudain, une « place » se libère ou un besoin se créé et nous consentons à ouvrir notre bulle.

La recherche d’affinités

Le problème, c’est que nous ne voulons pas y laisser entrer « n’importe qui ». Nous voulons nous lier avec des gens qui nous ressemblent, qui pensent comme nous. Il n’y a rien de mal à cela, mais cette attente crée plus de séparation et de jugement qu’elle ne crée de lien. Nous rencontrons quelqu’un et tout ce qui n’est pas en accord avec notre propre système de valeurs nous saute à la figure : sa façon de s’habiller, ses goûts musicaux, ses opinions politiques, son humour, son accent même… En nous focalisant sur ces éléments de personnalité, nous passons à côté de la personne.

Nous n’avons pas toujours été aussi exigeants. Combien d’amitiés ont vu le jour pour la simple et bonne raison qu’on s’est retrouvés assis côte à côte en classe, assignés à travailler ensemble sur un exposé ou dans une file d’attente à la cantine? La relation ne s’est pas construite parce qu’on avait des points communs. On les a découverts au fur et à mesure. Nos différences ne nous semblaient pas être un frein, mais plutôt une source de curiosité et de richesse.

Ouvrir le cercle

Se faire de nouveaux amis, ce n’est pas seulement rencontrer de nouvelles personnes. C’est aussi élargir le cercle des gens qu’on souhaite y admettre. Quand on cesse de se focaliser sur ce qui nous sépare, on se rend compte de tout ce qui nous lie. Nous sommes tous des êtres humains qui faisons de notre mieux avec ce que nous avons. Nous aspirons tous à améliorer notre quotidien, protéger ceux qu’on aime, trouver un peu de sens et de plaisir…

Bien sûr, nous allons naturellement rechercher la compagnie de certains plutôt que d’autres mais pourquoi réserver le titre d’ami à une poignée de gens seulement ? Pourquoi se comporter différemment avec ceux qu’on juge « amis » et les autres ? Les uns ont droit à notre compassion et à notre compréhension, on leur trouve des circonstances atténuantes même quand ils se comportent mal envers nous. Nous leur pardonnons leurs petits défauts parce que nous connaissons leurs grandes qualités. Leur bonheur nous réjouit, leur souffrance nous touche.

Et les autres ? Les « cons », « les beaufs », « ceux dont on s’en fout »  ? Ils n’ont droit, au mieux, qu’à notre indifférence ou notre moquerie.

Loin de faire la leçon, je m’inclus dans ce constat. Je suis parfois sidérée par le nombre de jugements critiques que j‘ai sur les gens quand j’arrive dans un nouvel endroit. Il me faut faire un effort conscient pour sortir du mode « ami » / « ennemi » et me rendre compte que :

1) tout va bien, ma survie n’est pas menacée

2) ce sont juste d’autres êtres humains

3) nous avons plus de points communs que de différences

C’est là que je peux commencer à m’intéresser à eux et explorer les affinités.

Finalement, peu importe le nombre d’amis que nous avons, ce qui compte, c’est l’ami-e que nous sommes. Pour nous-mêmes, pour les « nôtres » et aussi pour les « autres ». 

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